Engagé volontaire par devancement d’appel le 22 octobre 1935, à 20 ans, Elie fait son service national au sein du 8ème Régiment de Chasseurs à Cheval de Tarbes. Comme tous les « bidasses » ayant un jour enfilé l’uniforme, Elie pose bien vite son costume de civil et se noie rapidement dans ce monde militaire aussi exaltant qu’effrayant, autant de haute volée que bassement graveleux, aussi pieux qu’impie, aussi rigoureux que dévergondé.
L’accueil est plutôt froid, en ce 22 octobre. Dès l’arrivée à la gare, l’air un peu hagard et réservé, il a du se faire houspiller par un
brigadier-chef au regard mauvais, s’aligner avec quelques inconnus et échanger avec eux des sourires gênés et timides. Le premier contact avec le monde militaire est toujours effrayant. Sans
doute est-il resté là quelques heures, debout, en silence, avec ses valises devant lui, à attendre que les derniers conscrits se présentent à la gare, copieusement engueulés par les gradés qui
n’en peuvent plus d’attendre. Après s’être ennuyé pendant des heures, il faut agir vite. C’est toujours comme ça, à l’armée. Un ordre bref, que beaucoup n’ont pas compris ou même entendu et les
« savons » commencent. « Vous êtes bouchés ou quoi ? Prenez votre barda et suivez-moi fissa ! ». Et le brigadier-chef qui file, d’un pas alerte, à travers la gare et
à travers la ville, vers la caserne, suivi tant bien que mal par un troupeau de civils claudiquant sous le poids de leurs valises et deux autres gradés qui « stimulent » à la voix et au
coup de pied les retardataires et les réfractaires.
« En colonne par deux ». On est déjà arrivé à la caserne. Le Quartier Larrey, au centre de Tarbes, autrefois occupé par le 10ème Régiment de Hussards et aujourd'hui occupé par le 1er Régiment de Hussards Parachutistes. L’entrée au quartier se fait par la grille principale, face à la caserne et surtout, sous les yeux méchants ou rigolards de tous les appelés, gradés et officiers présents. Le colonel, chef de corps, lui-même les observe peut-être derrière les vitres de son bureau. La cavalerie est une arme noble, le dédain se pratique et se cultive mieux que partout ailleurs. Les jeunes appelés, les « bleus », n’ont qu’un seul sentiment en parcourant les allées de cette caserne, celui d’être des « sous-merdes », certainement indignes de leur futur titre de cavalier.
« T’es qui, toi ?» Le regard est droit et fixe, la bouche pincée, mâchoire serrée, le brigadier qui se tient devant Elie ferait presque rire de ridicule, s’il ne disposait pas d’un pouvoir immense sur les jeunes appelés apeurés. Elie entend un filet de voix inhabituellement timide et faible sortir de sa propre bouche : « Garzaro, Elie……. », il n’arrive pas à en dire plus alors que le brigadier semble saisi d’apoplexie. « Ton prénom, c’est Chasseur ! Chasseur ! Faut percuter ! Comment tu t’appelles ? »
Une petite tendance à vouloir se raccrocher à la raison se fait sentir mais ici, c’est peine perdue. « Chasseur Garzaro » dit la faible voix. Trop tard, pourtant. La punition tombe. Il aurait du dire « Chasseur Garzaro, brigadier-chef ! » La punition, il la connaît déjà. Au début du service militaire, on est toujours puni avant même d’avoir compris qu’on a fait une erreur. Corvée de chiottes, ou corvée d’écurie, au bon plaisir du brigadier. A moins qu’il ne balaye les interminables couloirs. Mais il sait au moins quel sera son emploi du temps ce soir.
Se lever tôt prend une toute autre signification ici. Se lever à cinq heures trente devient une véritable grasse matinée. Il faut se lever vite, faire une toilette sommaire dans les grandes salles d’eau communes. On n’a pas toujours le temps de prendre une douche, ou de se brosser les dents, ce qui permettra au brigadier de désigner des corvéables pour la soirée. « Garzaro, comme tu sens la bête, ce soir t’auras pas de mal pour la corvée de purin ! » Il faut apprendre à faire vite, à faire sa toilette complète en quatre minutes.
Il faut aussi accepter l’arbitraire. Etre puni avec toute la chambrée parce qu’il y en a un qui ne s’est pas lavé depuis trois jours. Etre puni avec toute sa rangée parce qu’il y en a un qui n’arrive pas à prendre le pas. Toutes les vexations, les efforts et les souffrances vécues par tout soldat durant sa période d’instruction.
La manœuvre à pied. L’ordre serré. Le B-A BA des soldats. Tous, avant d’arriver à l’armée, pensaient savoir marcher. Grossière erreur ! De longues heures et des heures entières passées à marcher au pas, encore et encore, à n’en plus finir, jusqu’à ce que le dernier analphabète pige sa droite de sa gauche et jusqu’à ce que le dernier fils à papa sache balancer ses bras, sous les voix tonitruantes et parfois les coups de cravaches des adjudants et le regard agacé et distant du lieutenant jamais satisfait des progrès de l’instruction. « Omp…. Déééééé…..Omp…..Déééééé » devient la ritournelle débilitante qui semble rythmer toute la vie du soldat, jusqu’aux battements de son cœur. Et on recommence encore, « Omp…….Déééééé…….Omp………Déééééé » Bruits de pas pour toute musique et nuque du type devant soi pour tout horizon. « Garzaro, aligne-toi, bordel !!! » Le fils de médecin, à sa droite, a des ampoules sous les talons, pleure comme un bébé, et ça s’aggrave quand le brigadier l’engueule. Le paysan, à sa gauche, est très concentré, fait du mieux qu’il peut et ne s’étonne même plus de prendre des coups de pied de l’adjudant qui pique une colère tous les dix pas . Il y en a pour qui ça ne rentre pas. Ce n’est ni une question de niveau intellectuel, ni de niveau social. L’étudiant en économie, spécialistes des marchés boursiers et des calculs complexes, n’y arrive pas. « Nondidjeu ! » entend-il beugler à même l’oreille par un sergent excédé ! Et on recommence. On y passera la nuit, s’il le faut…
Il apprend aussi à saluer, à se mettre au repos et à y rester de longues minutes, il apprend à faire des quarts de tour, des demi-tours droite et pas à gauche !
Et il lave, nettoie, astique, brique, savonne, brosse, époussette,
balaye et récure plusieurs fois par jour la chambrée, les bureaux, les salles d’instruction et les latrines, parfois à la main, Il cire ses bottes, même les bottes de travail courant, passe son
temps à épousseter sa vareuse et à chasser les plis du pantalon. Il est cavalier et il passe donc de longues heures dans les écuries du quartier, fourche à la main, à l’ancienne, pour remplacer
la paille et le foin, récurer les sols, nettoyer et cirer les cuirs. Avant d’obtenir l’honneur de monter à cheval, il faut passer par
l’humilité de l’écuyer.
Il se fait punir par l’adjudant parce que son calot n’est pas bien mis, un gros bonnet de laine épaisse qui gratte. Il est réveillé le matin au son du clairon martial et parfois au son bucolique du cor de chasse, apanage s’il en fallut des régiments de chasseurs. Il prend quatre jours de trou, de « gnouf », pour avoir salué un peu tardivement un capitaine qui passait par là.
Bon gré, mal gré, l’instruction se fait. Plus le temps avance, plus l’instruction se fait intéressante. En tant que cavalier, il monte à cheval et passe par tous les stades de la progression en équitation. Il apprend à maîtriser son animal, en toutes circonstances, et à ce titre, il tombe, plus qu’à son tour. Et il faut remonter en selle, même si on a mal et qu’on jure ses grands dieux qu’on ne veut plus jamais monter. Il faut apprendre à tomber, et il faut apprendre qu’il est normal de tomber. Certains, même, se font très mal. Clavicules cassées, entorses au poignet, genoux vrillés sont légion, quand ce n’est pas un tassement de vertèbres ou une atteinte aux cervicales. Vivre avec des chevaux n’est pas tous les jours facile et il faut souvent secourir un camarade aux doigts mordus jusqu’à l’os ou blessé par une ruade, dans l’écurie. Quant à l’odeur du crottin, mêlé à celle du cuir et de la sueur, il n’y a rien à faire, il faut s’y habituer.
Il est cavalier militaire et en tant que soldat, il apprend à combattre. Comme tous les cavaliers, il possède un sabre. Davantage une arme
d’apparat qu’autre chose, le long sabre de cavalerie est tout de même conservé par les troupes à cheval et glissé dans les cuirs de la selle. Mais l’arme de dotation du cavalier de 1935, c’est le
fusil, dérivé du fusil d’infanterie Lebel avec canon plus court pour être plus facile à transporter. Il passe d’abord de longues heures devant le fusil, en instruction technique de tir, à se
familiariser avec les notions de calibre, de portée théorique, de cadence ou de ligne de mire. Il apprend par cœur les différentes parties de son fusil et il s’exerce à le démonter, à le nettoyer
et à le remonter. Gare à la saleté lors de l’inspection ! Un fusil mal nettoyé peut devenir très dangereux pour celui qui le porte et ses camarades et c’est en gants blancs que les gradés
inspectent jusqu’aux plus petits éléments. On y passera des heures s’il le faut, mais après chaque utilisation, le fusil sera nettoyée, pièce par pièce, pour limiter l’usure et maintenir son
efficacité. Il apprend aussi à l’approvisionner en munitions de calibre 5,56 mm et il apprend à aligner la mire sur le guidon pour toucher la cible. Il apprend à connaître et à régler lui-même
les incidents de tir, comme une culasse mal refermée ou une cartouche mal engagée.
L’instruction se poursuit encore et le temps passant, le Chasseur Elie Garzaro devient un véritable cavalier de l’armée française. Il participe à
des exercices dans lesquels les chasseurs font de la « reco », la reconnaissance. Héritiers des chevaux légers de l’Ancien Régime et plus tard de la cavalerie légère napoléonienne, les
Chasseurs, comme leurs camarades Hussards, ont pour principal métier de renseigner l’Etat-major. Très mobiles grâce à leurs montures, il leur revient d’explorer le terrain, de repérer l’ennemi,
d’identifier et de chiffrer ses troupes, de relever ses trajets et d’en informer au plus tôt l’Etat-major. Avant l’émergence de l’aérostation puis de l’aviation, la cavalerie légère était les
yeux et les oreilles de l’Etat-major qui ne pouvait rien décider, ni rien contrôler sans les rapports réguliers des cavaliers. Bien sûr, les cavaliers sont aptes au combat mais leur mobilité en
fait des combattants particuliers.
Alors que les troupes d’infanterie sont armées de fusils lourds à longue portée, sont généralement soutenues par l’artillerie et
entreprennent des combats de longue haleine, les cavaliers disposent de fusils légers, voire de carabines, ne peuvent compter que sur une artillerie légère et agissent donc de façon sporadique,
selon des tactiques que l’on peut qualifier de guérilla. Les cavaliers sont particulièrement adeptes des tactiques que les anglo-saxons appellent « hit and run », qui consistent à
frapper de façon soudaine et brève et de disparaître aussitôt. Ces tactiques de harcèlement, généralement appelées « actions retardatrices » ont effectivement un effet retardant
sur la progression ennemie. Le harcèlement des cavaliers peut ainsi donner à une troupe d’infanterie un temps précieux pour se mettre dans une position avantageuse, ou lui donner un répit
salutaire lors d’une retraite. Rapidité, ruse, discrétion, précision et fiabilité sont donc les maîtres mots des cavaliers. Et ils deviennent ceux du Brigadier Elie Garzaro, nommé à ce grade le
1er Avril 1936.
La Cavalerie, c’est aussi tout un monde mythique et fascinant, ou rien n’est fait comme ailleurs. Les appellations de grades en sont un exemple. Pour toutes les troupes à cheval, y compris la Gendarmerie, un caporal est un brigadier, un sergent est un maréchal des logis, un capitaine est un chef d’escadron et un commandant est un chef de bataillon. De tradition napoléonienne, les adjudants-chefs sont appelés « Mon lieutenant » et les jeunes appelés comme le Brigadier Garzaro doivent vite s’immerger dans les traditions propres à la Cavalerie et dans les armées, le mot « tradition » n’est pas à prendre à la légère.
« Par Saint Georges, Vive la Cavalerie ! » leur apprend t’on à hurler à la popote, debout sur leurs chaises, avant de trinquer
goulûment « à nos femmes, à nos chevaux, à ceux qui les montent ! » selon le légendaire toast des cavaliers.
Il apprend leurs coutumes, la coquetterie de
« l’arme noble » comme de saluer avec le petit doigt écarté (pour saluer avec la cravache à la main), ou de relever légèrement la visière du képi bleu ciel aux parements argentés. Il
apprend l’orgueil d’être un chasseur, les troupes aux chevrons verts sur les insignes de col. Et il apprend à dénigrer copieusement, les « biffins » de l’infanterie ou les
« tringlos » des régiments du train, et encore plus, les « gonfleurs d’hélice » de la toute nouvelle Armée de l’air. Lui est un cavalier, descendant de la glorieuse chevalerie
française, héritiers des chevaux légers de Louis XV et fils de la cavalerie napoléonienne du Maréchal Murat. On bombe le torse, le regard se fait hautain et fier. Tout noble ne devient pas
cavalier mais tout cavalier devient noble. Les officiers sont généralement la crème des élèves de Saint-Cyr et se battent au tableau d’affectations pour rejoindre la cavalerie. Le képi bleu ciel
est une couronne, le sabre un sceptre que l’on ne porte qu’en cérémonie. Le reste du temps, la cravache que l’on tient sous le bras ou que l’on fait jouer dans ses doigts témoigne de l’orgueil de ces soldats trop fiers pour marcher à même le sol ! Rien n’est plus beau et plus glorieux que lorsque le
régiment défile à cheval, au son des cuivres, des tambours et des cors de chasse. Les bottes rutilantes, les éperons brillants, les gants blancs tenant fermement les rênes d’une main et le sabre
le long du corps de l’autre, tout chez le cavalier lui donne un sentiment orgueilleux d’invincibilité et de gloire.
Lorsqu’il rentre en permission à Bordeaux, Elie débarque sur le quai de la gare Saint-Jean en tenue de sortie, comme tous les appelés du service
national. C’est tout auréolé de la noblesse de la cavalerie qu’il rejoint la rue de Bethman. Il en est fier et se prête volontiers aux séances photos avec son père, sa mère et sa sœur qui revêt
effrontément son képi durement gagné.
Le 16 décembre 1936, Elie devient sous-officier, au grade de Maréchal des logis (sergent). Il arbore alors un chevron argenté sur les manches et entame sa deuxième année de service national. A cette date, il est déjà un « vieux de la vieille » aux yeux des jeunes appelés qui arrivent au régiment. Sans doute réprime-t-il un petit sourire en coin, alors que son regard bleu acier se pose sur les « bleus » effrayés, qu’il va falloir former et encadrer. Il y a peu, il était à leur place et se disait, comme ils se le disent, qu’il n’y arriverait jamais. Mais aujourd’hui, il est le Maréchal des Logis Garzaro, Sous-officier du 8ème Régiment de Chasseurs à Cheval. Dans quelques mois, le 2 octobre 1937, il retournera à la vie civile avec son certificat de bonne conduite et reprendra sa vie. Il ne pense pas une seconde, sans doute, qu’en recevant son livret de mobilisation, au milieu de ses documents administratifs de « quille », il prend rendez-vous avec l’Histoire, une histoire qui ne sera pas clémente avec lui.
De retour à Bordeaux, lorsqu’on débouche une bouteille des vins Garzaro pour fêter sa libération, nul doute alors qu’au fond de lui des souvenirs
remontent, dominés sans qu’il ne l’exprime par un phrase que lui seul peut comprendre : « Par Saint-Georges, Vive la Cavalerie ! »

Ville allemande, à forte population allemande et presque entièrement germanophone, Dantzig devint l’une des trois grandes villes
de Poméranie – Prusse Orientale, avec Marienbourg et Koënigsberg. L’immigration allemande dans ces terres date ni plus ni moins des croisades teutoniques de la ligue hanséatique au
14ème siècle. Mais en 1919, après l’abdication du Kaiser Guillaume II et avec la signature du Traité de Versailles, l’Allemagne fut redessinée pour satisfaire les revendications
séparatistes des polonais. Un état polonais fut créé, plus ou moins sur les bases de l’ancienne Pologne, partagée en 1795 entre la Russie, la Prusse et l’Autriche.

Le Ministre de l’Air Pierre Cot se prononce en faveur de la création d’Escadrons de Bombardement stratégique et signe en 1936
le décret de création des premières unités parachutistes françaises dont l’emploi s’apparentent à celui des commandos modernes.






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