Elie 1939 1945

Le 3 septembre 1939, la déclaration de guerre à l'Allemagne entraînait des milliers des jeunes français dans la Seconde Guerre Mondiale.

Parmi eux, un jeune sous-officier de cavalerie, le Maréchal des Logis Elie Garzaro, mon grand-père.
Le 20 Juin 1940, il était capturé par l'armée allemande et commencait 5 longues années de captivité en Allemagne et en Pologne.

Que s'est-il passé pendant ces 5 années dont il ne parlait quasiment jamais?

J'ai réuni quelques élements de réponse que j'espérais compiler en un petit livre. Mais face aux zones d'ombre qui persistent, notamment sur le déroulement de la journée du 20 juin 1940, j'ai décidé de profiter de l'internet pour partager mes recherches en l'état et ainsi permettre à tous de savoir ce que j'ai pu apprendre, tout en continuant à chercher.

Bonne lecture et n'hésitez pas à m'interroger.
Lundi 27 août 2007

Engagé volontaire par devancement d’appel le 22 octobre 1935, à 20 ans, Elie fait son service national au sein du 8ème Régiment de Chasseurs à Cheval de Tarbes. Comme tous les « bidasses » ayant un jour enfilé l’uniforme, Elie pose bien vite son costume de civil et se noie rapidement dans ce monde militaire aussi exaltant qu’effrayant, autant de haute volée que bassement graveleux, aussi pieux qu’impie, aussi rigoureux que dévergondé.

L’accueil est plutôt froid, en ce 22 octobre. Dès l’arrivée à la gare, l’air un peu hagard et réservé, il a du se faire houspiller par un brigadier-chef au regard mauvais, s’aligner avec quelques inconnus et échanger avec eux des sourires gênés et timides. Le premier contact avec le monde militaire est toujours effrayant. Sans doute est-il resté là quelques heures, debout, en silence, avec ses valises devant lui, à attendre que les derniers conscrits se présentent à la gare, copieusement engueulés par les gradés qui n’en peuvent plus d’attendre. Après s’être ennuyé pendant des heures, il faut agir vite. C’est toujours comme ça, à l’armée. Un ordre bref, que beaucoup n’ont pas compris ou même entendu et les « savons » commencent. « Vous êtes bouchés ou quoi ? Prenez votre barda et suivez-moi fissa ! ». Et le brigadier-chef qui file, d’un pas alerte, à travers la gare et à travers la ville, vers la caserne, suivi tant bien que mal par un troupeau de civils claudiquant sous le poids de leurs valises et deux autres gradés qui « stimulent » à la voix et au coup de pied les retardataires et les réfractaires.

« En colonne par deux ». On est déjà arrivé à la caserne. Le Quartier Larrey, au centre de Tarbes,  autrefois occupé par le 10ème Régiment de Hussards et aujourd'hui occupé par le 1er Régiment de Hussards Parachutistes. L’entrée au quartier se fait par la grille principale, face à la caserne et surtout, sous les yeux méchants ou rigolards de tous les appelés, gradés et officiers présents. Le colonel, chef de corps, lui-même les observe peut-être derrière les vitres de son bureau. La cavalerie est une arme noble, le dédain se pratique et se cultive mieux que partout ailleurs. Les jeunes appelés, les « bleus », n’ont qu’un seul sentiment en parcourant les allées de cette caserne, celui d’être des « sous-merdes », certainement indignes de leur futur titre de cavalier. 

« T’es qui, toi ?» Le regard est droit et fixe, la bouche pincée, mâchoire serrée, le brigadier qui se tient devant Elie ferait presque rire de ridicule, s’il ne disposait pas d’un pouvoir immense sur les jeunes appelés apeurés. Elie entend un filet de voix inhabituellement timide et faible sortir de sa propre bouche : « Garzaro, Elie……. », il n’arrive pas à en dire plus alors que le brigadier semble saisi d’apoplexie. « Ton prénom, c’est Chasseur ! Chasseur ! Faut percuter ! Comment tu t’appelles ? »

Une petite tendance à vouloir se raccrocher à la raison se fait sentir mais ici, c’est peine perdue. « Chasseur Garzaro » dit la faible voix. Trop tard, pourtant. La punition tombe. Il aurait du dire  « Chasseur Garzaro, brigadier-chef ! » La punition, il la connaît déjà. Au début du service militaire, on est toujours puni avant même d’avoir compris qu’on a fait une erreur. Corvée de chiottes, ou corvée d’écurie, au bon plaisir du brigadier. A moins qu’il ne balaye les interminables couloirs. Mais il sait au moins quel sera son emploi du temps ce soir.

Se lever tôt prend une toute autre signification ici. Se lever à cinq heures trente devient une véritable grasse matinée. Il faut se lever vite, faire une toilette sommaire dans les grandes salles d’eau communes. On n’a pas toujours le temps de prendre une douche, ou de se brosser les dents, ce qui permettra au brigadier de désigner des corvéables pour la soirée. « Garzaro, comme tu sens la bête, ce soir t’auras pas de mal pour la corvée de purin ! » Il faut apprendre à faire vite, à faire sa toilette complète en quatre minutes.

Il faut aussi accepter l’arbitraire. Etre puni avec toute la chambrée parce qu’il y en a un qui ne s’est pas lavé depuis trois jours. Etre puni avec toute sa rangée parce qu’il y en a un qui n’arrive pas à prendre le pas. Toutes les vexations, les efforts et les souffrances vécues par tout soldat durant sa période d’instruction.

La manœuvre à pied. L’ordre serré. Le B-A BA des soldats. Tous, avant d’arriver à l’armée, pensaient savoir marcher. Grossière erreur ! De longues heures et des heures entières passées à marcher au pas, encore et encore, à n’en plus finir, jusqu’à ce que le dernier analphabète pige sa droite de sa gauche et jusqu’à ce que le dernier fils à papa sache balancer ses bras, sous les voix tonitruantes et parfois les coups de cravaches des adjudants et le regard agacé et distant du lieutenant jamais satisfait des progrès de l’instruction. « Omp…. Déééééé…..Omp…..Déééééé » devient la ritournelle débilitante qui semble rythmer toute la vie du soldat, jusqu’aux battements de son cœur. Et on recommence encore, « Omp…….Déééééé…….Omp………Déééééé » Bruits de pas pour toute musique et nuque du type devant soi pour tout horizon. « Garzaro, aligne-toi, bordel !!! » Le fils de médecin, à sa droite, a des ampoules sous les talons, pleure comme un bébé, et ça s’aggrave quand le brigadier l’engueule. Le paysan, à sa gauche, est très concentré, fait du mieux qu’il peut et ne s’étonne même plus de prendre des coups de pied de l’adjudant qui pique une colère tous les dix pas . Il y en a pour qui ça ne rentre pas. Ce n’est ni une question de niveau intellectuel, ni de niveau social. L’étudiant en économie, spécialistes des marchés boursiers et des calculs complexes, n’y arrive pas. « Nondidjeu ! » entend-il beugler à même l’oreille par un sergent excédé ! Et on recommence. On y passera la nuit, s’il le faut…

Il apprend aussi à saluer, à se mettre au repos et à y rester de longues minutes, il apprend à faire des quarts de tour, des demi-tours droite et pas à gauche !

Classes-8--me-Chasseurs.jpgEt il lave, nettoie, astique, brique, savonne, brosse, époussette, balaye et récure plusieurs fois par jour la chambrée, les bureaux, les salles d’instruction et les latrines, parfois à la main, Il cire ses bottes, même les bottes de travail courant, passe son temps à épousseter sa vareuse et à chasser les plis du pantalon. Il est cavalier et il passe donc de longues heures dans les écuries du quartier, fourche à la main, à l’ancienne, pour remplacer la paille et le foin, récurer les sols, nettoyer et cirer les cuirs. Avant d’obtenir l’honneur de monter à cheval, il faut passer par l’humilité de l’écuyer.

Il se fait punir par l’adjudant parce que son calot n’est pas bien mis, un gros bonnet de laine épaisse qui gratte. Il est réveillé le matin au son du clairon martial et parfois au son bucolique du cor de chasse, apanage s’il en fallut des régiments de chasseurs. Il prend quatre jours de trou, de « gnouf », pour avoir salué un peu tardivement un capitaine qui passait par là.

Bon gré, mal gré, l’instruction se fait. Plus le temps avance, plus l’instruction se fait intéressante. En tant que cavalier, il monte à cheval et passe par tous les stades de la progression en équitation. Il apprend à maîtriser son animal, en toutes circonstances, et à ce titre, il tombe, plus qu’à son tour. Et il faut remonter en selle, même si on a mal et qu’on jure ses grands dieux qu’on ne veut plus jamais monter. Il faut apprendre à tomber, et il faut apprendre qu’il est normal de tomber. Certains, même, se font très mal. Clavicules cassées, entorses au poignet, genoux vrillés sont légion, quand ce n’est pas un tassement de vertèbres ou une atteinte aux cervicales. Vivre avec des chevaux n’est pas tous les jours facile et il faut souvent secourir un camarade aux doigts mordus jusqu’à l’os ou blessé par une ruade, dans l’écurie. Quant à l’odeur du crottin, mêlé à celle du cuir et de la sueur, il n’y a rien à faire, il faut s’y habituer.

Equipement.jpgIl est cavalier militaire et en tant que soldat, il apprend à combattre. Comme tous les cavaliers, il possède un sabre. Davantage une arme d’apparat qu’autre chose, le long sabre de cavalerie est tout de même conservé par les troupes à cheval et glissé dans les cuirs de la selle. Mais l’arme de dotation du cavalier de 1935, c’est le fusil, dérivé du fusil d’infanterie Lebel avec canon plus court pour être plus facile à transporter. Il passe d’abord de longues heures devant le fusil, en instruction technique de tir, à se familiariser avec les notions de calibre, de portée théorique, de cadence ou de ligne de mire. Il apprend par cœur les différentes parties de son fusil et il s’exerce à le démonter, à le nettoyer et à le remonter. Gare à la saleté lors de l’inspection ! Un fusil mal nettoyé peut devenir très dangereux pour celui qui le porte et ses camarades et c’est en gants blancs que les gradés inspectent jusqu’aux plus petits éléments. On y passera des heures s’il le faut, mais après chaque utilisation, le fusil sera nettoyée, pièce par pièce, pour limiter l’usure et maintenir son efficacité. Il apprend aussi à l’approvisionner en munitions de calibre 5,56 mm et il apprend à aligner la mire sur le guidon pour toucher la cible. Il apprend à connaître et à régler lui-même les incidents de tir, comme une culasse mal refermée ou une cartouche mal engagée.

L’instruction se poursuit encore et le temps passant, le Chasseur Elie Garzaro devient un véritable cavalier de l’armée française. Il participe à des exercices dans lesquels les chasseurs font de la « reco », la reconnaissance. Héritiers des chevaux légers de l’Ancien Régime et plus tard de la cavalerie légère napoléonienne, les Chasseurs, comme leurs camarades Hussards, ont pour principal métier de renseigner l’Etat-major. Très mobiles grâce à leurs montures, il leur revient d’explorer le terrain, de repérer l’ennemi, d’identifier et de chiffrer ses troupes, de relever ses trajets et d’en informer au plus tôt l’Etat-major. Avant l’émergence de l’aérostation puis de l’aviation, la cavalerie légère était les yeux et les oreilles de l’Etat-major qui ne pouvait rien décider, ni rien contrôler sans les rapports réguliers des cavaliers. Bien sûr, les cavaliers sont aptes au combat mais leur mobilité en fait des combattants particuliers. Alors que les troupes d’infanterie sont armées de fusils lourds à longue portée, sont généralement soutenues par l’artillerie et entreprennent des combats de longue haleine, les cavaliers disposent de fusils légers, voire de carabines, ne peuvent compter que sur une artillerie légère et agissent donc de façon sporadique, selon des tactiques que l’on peut qualifier de guérilla. Les cavaliers sont particulièrement adeptes des tactiques que les anglo-saxons appellent « hit and run », qui consistent à frapper de façon soudaine et brève et de disparaître aussitôt. Ces tactiques de harcèlement, généralement appelées « actions retardatrices » ont effectivement un effet retardant sur la progression ennemie. Le harcèlement des cavaliers peut ainsi donner à une troupe d’infanterie un temps précieux pour se mettre dans une position avantageuse, ou lui donner un répit salutaire lors d’une retraite. Rapidité, ruse, discrétion, précision et fiabilité sont donc les maîtres mots des cavaliers. Et ils deviennent ceux du Brigadier Elie Garzaro, nommé à ce grade le 1er Avril 1936.

La Cavalerie, c’est aussi tout un monde mythique et fascinant, ou rien n’est fait comme ailleurs. Les appellations de grades en sont un exemple. Pour toutes les troupes à cheval, y compris la Gendarmerie, un caporal est un brigadier, un sergent est un maréchal des logis, un capitaine est un chef d’escadron et un commandant est un chef de bataillon. De tradition napoléonienne, les adjudants-chefs sont appelés « Mon lieutenant » et les jeunes appelés comme le Brigadier Garzaro doivent vite s’immerger dans les traditions propres à la Cavalerie et dans les armées, le mot « tradition » n’est pas à prendre à la légère.

« Par Saint Georges, Vive la Cavalerie ! » leur apprend t’on à hurler à la popote, debout sur leurs chaises, avant de trinquer goulûment « à nos femmes, à nos chevaux, à ceux qui les montent ! » selon le légendaire toast des cavaliers. Il apprend leurs coutumes, la coquetterie de « l’arme noble » comme de saluer avec le petit doigt écarté (pour saluer avec la cravache à la main), ou de relever légèrement la visière du képi bleu ciel aux parements argentés. Il apprend l’orgueil d’être un chasseur, les troupes aux chevrons verts sur les insignes de col. Et il apprend à dénigrer copieusement, les « biffins » de l’infanterie ou les « tringlos » des régiments du train, et encore plus, les « gonfleurs d’hélice » de la toute nouvelle Armée de l’air. Lui est un cavalier, descendant de la glorieuse chevalerie française, héritiers des chevaux légers de Louis XV et fils de la cavalerie napoléonienne du Maréchal Murat. On bombe le torse, le regard se fait hautain et fier. Tout noble ne devient pas cavalier mais tout cavalier devient noble. Les officiers sont généralement la crème des élèves de Saint-Cyr et se battent au tableau d’affectations pour rejoindre la cavalerie. Le képi bleu ciel est une couronne, le sabre un sceptre que l’on ne porte qu’en cérémonie. Le reste du temps, la cravache que l’on tient sous le bras ou que l’on fait jouer dans ses doigts témoigne de l’orgueil de ces soldats trop fiers pour marcher à même le sol ! Rien n’est plus beau et plus glorieux que lorsque le régiment défile à cheval, au son des cuivres, des tambours et des cors de chasse. Les bottes rutilantes, les éperons brillants, les gants blancs tenant fermement les rênes d’une main et le sabre le long du corps de l’autre, tout chez le cavalier lui donne un sentiment orgueilleux d’invincibilité et de gloire. 

Lorsqu’il rentre en permission à Bordeaux, Elie débarque sur le quai de la gare Saint-Jean en tenue de sortie, comme tous les appelés du service national. C’est tout auréolé de la noblesse de la cavalerie qu’il rejoint la rue de Bethman. Il en est fier et se prête volontiers aux séances photos avec son père, sa mère et sa sœur qui revêt effrontément son képi durement gagné.20-10-36-avec-son-p--re.jpg

Le 16 décembre 1936, Elie devient sous-officier, au grade de Maréchal des logis (sergent). Il arbore alors un chevron argenté sur les manches et entame sa deuxième année de service national. A cette date, il est déjà un « vieux de la vieille » aux yeux des jeunes appelés qui arrivent au régiment. Sans doute réprime-t-il un petit sourire en coin, alors que son regard bleu acier se pose sur les « bleus » effrayés, qu’il va falloir former et encadrer. Il y a peu, il était à leur place et se disait, comme ils se le disent, qu’il n’y arriverait jamais. Mais aujourd’hui, il est le Maréchal des Logis Garzaro, Sous-officier du 8ème Régiment de Chasseurs à Cheval. Dans quelques mois, le 2 octobre 1937, il retournera à la vie civile avec son certificat de bonne conduite et reprendra sa vie. Il ne pense pas une seconde, sans doute, qu’en recevant son livret de mobilisation, au milieu de ses documents administratifs de « quille », il prend rendez-vous avec l’Histoire, une histoire qui ne sera pas clémente avec lui.

De retour à Bordeaux, lorsqu’on débouche une bouteille des vins Garzaro pour fêter sa libération, nul doute alors qu’au fond de lui des souvenirs remontent, dominés sans qu’il ne l’exprime par un phrase que lui seul peut comprendre : « Par Saint-Georges, Vive la Cavalerie ! » 

par Tim
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Mercredi 25 juillet 2007

Toute histoire a son point de départ et chaque point de départ a son histoire. Le point de départ de la chaîne d’évènements qui mèneront au 20 Juin 1940 se situe à Dantzig. Aujourd’hui appelé Gdansk, cette ville de Pologne semble être abonnée aux rôles de points de départs puisqu’en 1982, elle sera le point de départ de la contestation du syndicat Solidarnosc contre les soviétiques.

Mais en août 1939, juste avant le début de la seconde guerre mondiale, appelée par son nom allemand en raison de sa forte majorité germanophone, Dantzig était dans une position très particulière, tant historiquement que géographiquement, et cette particularité servira très judicieusement les desseins de l’Allemagne nazie pour commencer la conquête de son « espace vital » à l’Est.

Prise par les Prussiens aux Russes en 1793, Dantzig fut annexée à la Prusse et après l’intermède français du Duché de Westphalie sous Napoléon, fut jointe à l’Empire allemand en 1871, lorsque Guillaume Ier et le chancelier Bismarck réalisèrent l’unité allemande. Ville allemande, à forte population allemande et presque entièrement germanophone, Dantzig devint l’une des trois grandes villes de Poméranie – Prusse Orientale, avec Marienbourg et Koënigsberg. L’immigration allemande dans ces terres date ni plus ni moins des croisades teutoniques de la ligue hanséatique au 14ème siècle. Mais en 1919, après l’abdication du Kaiser Guillaume II et avec la signature du Traité de Versailles, l’Allemagne fut redessinée pour satisfaire les revendications séparatistes des polonais. Un état polonais fut créé, plus ou moins sur les bases de l’ancienne Pologne, partagée en 1795 entre la Russie, la Prusse et l’Autriche.

            Selon une histoire généralement méconnue en Occident, la Pologne a longtemps été la puissance dominante sur l’Europe de l’Est. Au plus fort de sa puissance, au 17ème siècle, l’influence polonaise s’étendait très à l’Est, comprenaient les actuelles BiéloRussie et Ukraine et s’étendait en Russie jusqu’à Smolensk. L’ensemble des actuels pays baltes était également polonais. Comme toujours dans ces luttes de domination régionale, les polonais affirmèrent leur influence avec une grande répression militaire, entraînant une haine profonde et durable des populations occupées à leur égard, ainsi qu’une grande méfiance des puissances limitrophes, Prusse et Autriche.

            Lorsqu’elle est recrée en 1919, la Pologne s’étend très à l’Est, jusqu’à Minsk, et au Sud-Est dans l’actuelle Ukraine. A l’ouest, elle prive l’Allemagne de toute la Poméranie afin d’obtenir un accès à la Baltique, autour de Dantzig. La Prusse Orientale est ainsi géographiquement coupée de l’Allemagne. Mais Dantzig, en raison de sa forte identité allemande ne sera pas rattachée à la Pologne et obtiendra le statut étrange de ville internationale administrée par la Société des Nations.

            Cette situation bâtarde sera l’excuse d’Adolf Hitler pour s’en prendre à la Pologne et ainsi commencer les opérations militaires de la seconde guerre mondiale.

 

            Cependant, il serait inexact de limiter le début de la seconde guerre mondiale à l’attaque de la Pologne par Hitler. Pour beaucoup d’historiens, la marche vers une guerre mondiale devient inéluctable dès l’invasion de la Mandchourie par le Japon en 1932. En effet, les agissements japonais démontreront à la fois l’inefficacité de la Société des Nations et l’épuisement économique et stratégique des puissances occidentales, en premier lieu la France et la Grande-Bretagne. Dès lors, rien ne peut raisonnablement s’opposer à la montée en puissance de ce qui n’est pas encore l’Axe Rome – Berlin – Tokyo. La Mandchourie aux mains japonaises sera la tête de pont de la préparation de l’invasion de la Chine en 1937 et entre temps, l’Italie et l’Allemagne avanceront elles aussi leur préparation géostratégique et militaire en Europe et en Afrique.

            En Europe, Hitler commence par réoccuper calmement dès 1934 les zones démilitarisées de la Sarre et de la Rhénanie évacuées unilatéralement par la France, alors qu’en Afrique, Mussolini se construit un empire colonial en Abyssinie entre 1935 et 1936. Dès les premiers combats de la Guerre d’Espagne en 1936, les italiens et allemands soutiennent les putschistes nationalistes en organisant le pont aérien entre Tétouan et Séville qui permet aux troupes africaines du Général Franco de commencer la conquête de l’Espagne. Ce pont aérien est le prélude à l’entrée en action de l’infâme Legion Condor, un corps aérien expéditionnaire de volontaires allemands grâce auquel la Luftwaffe expérimentera tant son matériel que sa doctrine d’emploi, notamment en écrasant la ville basque de Guernica en 1937. Durant les trois années de la Guerre d’Espagne, les aviateurs allemands accumuleront une inestimable expérience du combat, de la conduite et du commandement des opérations et du tempo de la guerre moderne. Ainsi, deux futurs grands généraux de la Luftwaffe, Hugo Speerle et Wolfram Von Richtofen commanderont la Legion Condor et deux des plus grands as de la chasse allemande, Werner Mölders et Adolf Galland, qui sera général à 30 ans, obtiendront leurs premières victoires aériennes en Espagne. L’Italie également, bien que dans un moindre mesure, participera activement au soutien opérationnel des troupes franquistes.

            Ainsi, dès le milieu des années 30, le Japon, l’Italie et l’Allemagne se préparent activement à une guerre mondiale pour contester la prééminence franco-britannique sur l’Europe, l’Afrique mais également l’Asie et l’Océanie. Les Etats-Unis d’Amérique, repliés sur eux-mêmes à cause de la crise économique et des tenants de la doctrine isolationniste dite « doctrine Monroe » pensent encore que tout ceci n’est qu’une affaire européenne.

            De leur côté, France et Grande-Bretagne ne sont pas en mesure de faire face et il est permis de se demander si elles le veulent vraiment. La France est terriblement meurtrie par la 1ère Guerre Mondiale et, en proie à l’instabilité chronique de la 3ème République, elle ne parvient pas à adopter ni une ligne diplomatique ferme, ni une politique industrielle militaire moderne. D’autant que l’hémorragie continue. Dès 1922, les rebelles marocains d’Abd El Krim commencent les troubles qui mènent à la Guerre du Rif dans laquelle la France combat difficilement pendant trois ans, sans jamais vraiment pacifier la région. Au Proche-Orient, la France obtient un mandat de la Société des Nations pour la Syrie et le Liban, alors que la Grande-Bretagne l’obtient pour la Palestine, la Jordanie et l’Egypte, afin de compenser la chute de l’Empire Ottoman.

            Paradoxalement, ces deux plus grandes puissances, présentes sur l’ensemble de la terre, ne peuvent empêcher un repli sur soi en politique intérieure. Avec le Front Populaire en France et le Labour Party en Grande-Bretagne, l’heure est aux améliorations sociales, telles que les congés pays ou la semaine des 40 heures. Dans les deux pays, il faut également compter avec une forte poussée de l’idéologie communiste et donc à l’opposé de l’idéologie nationaliste. En France, l’extrême droite récupère beaucoup d’organisations d’anciens combattants, tels les Croix-de-Feu dont les membres ont tous reçu au combat la croix de guerre 1914-1918, et passera très près d’un véritable coup d’état le 6 février 1934. 

Au niveau militaire, la France reste sur le papier la plus forte armée du monde. Elle demeure dans les mémoires du monde entier comme le grand vainqueur de la Grande Guerre. Ce sont ses chefs, Joffre, Foch, Franchet d’Esperey ou Pétain qui ont mené les opérations victorieuses des Alliés, y compris des américains, ce sont ses avions Nieuport, SPAD ou Breguet qui ont nettoyé le ciel, ce sont ses Chars Renault qui ont terrorisé les allemands et ce sont ses valeureux et indomptables poilus qui ont tenus bon face à l’artillerie et aux mitrailleuses allemandes. Même les britanniques reconnaissent volontiers la puissance de l’armée française et une grande partie de leur stratégie en Europe est de se cacher derrière cette puissance française !monumorts.jpg

En réalité, la victoire de 1918 est un sinistre piège pour la France. Pour la plupart, les généraux de 1918 n’analysent pas bien les causes réelles de la victoire (mécanisation, mobilité, force aérienne supérieure) et tentent de faire oublier, par une glorification individuelle du soldat français, leur gestion outrancièrement criminelle du conflit et les deux tiers des victimes tombées en pure perte à cause de leur dogmatisme et de leur conceptions éculées. La dévotion quasi-idolâtre devant les monuments aux morts de toutes les communes de France n’est qu’un exemple de cette mystification qui perdure aujourd’hui. Trop occupés à honorer avec grandiloquence leurs morts inutiles et à glorifier la valeur militaire personnelle de chaque français, les chefs de l’armée passent complètement à côté des leçons stratégiques et tactiques qui n’ont pourtant pas échappé aux allemands.

Pire encore, pour beaucoup d’entre eux, la victoire ne fait que valider les conceptions militaires françaises qui ne souffrent donc aucune remise en cause puisqu’elles ont été couronnées de succès. La validité de la guerre de tranchées, conception absurde qui n’a pas survécu dans les faits au printemps 1916, est confirmée en haut lieu et provoque une réflexion, très avancée et avant-gardiste, sur un système amélioré de tranchées souterraines et de casemates d’acier et de béton desservies par un impressionnant réseau logistique et un maillage complexe de transmissions téléphoniques enterrées. C’est l’ingénieur André Maginot qui établira les plans et supervisera la construction de cette ligne tranchée nouvelle génération et ultramoderne. Sauf que la ligne Maginot était sans doute avant-gardiste, ultramoderne et utile en 1915 et qu’elle est totalement dépassée au milieu des années 30.

Ce n’est pas faute de le dire et de le clamer. Le lieutenant-colonel Charles de Gaulle a compris, lui, l’importance des chars et il propose de créer rapidement six divisions autonomes de chars de combat, qui seront le fer de lance de l’armée, qui imprimeront le rythme et le sens de la manœuvre, soutenues par l’artillerie lourde et complétées par une infanterie professionnelle mobile. 602-Maison-Blanche-Revue.jpgLe Ministre de l’Air Pierre Cot se prononce en faveur de la création d’Escadrons de Bombardement stratégique et signe en 1936 le décret de création des premières unités parachutistes françaises dont l’emploi s’apparentent à celui des commandos modernes. Au sein de la Marine, de nombreux officiers plaident pour une montée en puissance de l’aéronautique navale avec des porte-avions, comme le « Béarn » premier porte-avions français. Au niveau technique, les leçons ont été apprises. Les français gardent une longueur d’avance en matière d’aviation et de chars. Le Morane-Saulnier MS 406 est plus manoeuvrant que la première version du Messerschmitt 109 allemand et le char B1 bis est plus lourdement blindé et dispose d’une plus grande puissance de feu que son adversaire le Panzer III, ou même le Panzer IV. Sur le papier, encore et toujours, la France peut résister et peut vaincre. Même Hitler en est conscient lorsqu’il ordonne la réoccupation militaire de la Rhénanie en 1935 : sa plus grande crainte est une réaction française.

Mais le temps passe et la France ne réagit pas. D’abord la Sarre puis la Rhénanie. Vient ensuite le tour de l’Autriche et son annexion (Anschluss) en mars 1938. Enfin, prétextant de persécutions faites aux populations germanophones de Tchécoslovaquie, les Sudètes, Hitler exige du jeune état tchécoslovaque la cession immédiate et sans condition des régions sudètes à l’Allemagne. 

Si Hitler est réellement soucieux du sort des allemands des sudètes, par idéologie raciale, il est bien davantage intéressé par la réaction des Alliés franco-britanniques. Dernières cartes de leur déploiement stratégiques obsolètes, les Alliés se sont liés par des traités d’assistance avec les jeunes nations tchécoslovaques et polonaises, garantissant à celles-ci une protection militaire en cas d’agression. La réaction des Alliés sera éloquente !

Le 11 septembre 1938, Hitler formule ses exigences et les répète quatre jours plus tard au premier ministre britannique Neville Chamberlain. Le 22 septembre, il se fait encore plus véhément, n’hésitant pas, notamment par la voix de son ministre des Affaires Etrangères, Von Ribbentrop, à évoquer la possibilité de la guerre.

Si en France, quelques voix parlementaires s’élèvent pour résister, le cabinet britannique abandonne rapidement, défendant uniquement ses intérêts économiques, au grand dam d’un de leurs plus farouches opposants, Winston Churchill. Déboussolé par l’attitude britannique et la fermeté allemande, c’est sans aucune conviction que le Président du Conseil, Edouard Daladier, se rend à la conférence prévue à Munich le 29 septembre, non sans avoir fait rappeler les réservistes à leurs unités la veille.

Le Maréchal des Logis Elie Garzaro fait partie des réservistes en disponibilité, ce qui signifie qu’il dispose de 24 heures pour rejoindre son unité, alors que les classes plus anciennes disposent de trois jours pour rejoindre leur corps. Appelé le 28 septembre 1938, Elie se présente le soir même à Tarbes, au 8ème Chasseurs.12251.jpg

Mais Daladier abdique le 29 septembre à Munich. Il est autant fasciné qu’estomaqué par Hitler, sa verve, son audace et sa fermeté et il est étonné et déçu de la léthargie de Chamberlain qui est totalement sous l’emprise d’Hitler. Et sous les yeux ravis et presque jubilants de Mussolini et d’Hitler, Daladier trahit la Tchécoslovaquie.

« La paix pour notre temps » clame Chamberlain en se posant à Londres. Daladier, lui, s’attend à être lynché à son arrivée au Bourget et sous les acclamations de la foule en délire, il sussure : « Ah les cons, s’ils savaient ». Dans les jours qui suivent, les troupes allemandes pénètrent dans les Sudètes et l’Etat tchécoslovaque commence à vaciller, pour finalement s’effondrer dans le courant de l’automne 1938. Elie, quant à lui, est démobilisé le 3 octobre et rejoint Bordeaux, soulagé sans aucun doute de ne pas entrer en guerre.

Hitler est maintenant prêt. En mars 1939, la Guerre d’Espagne se termine et la Legion Condor commence à rejoindre l’Allemagne forte de cette précieuse expérience. Le 15 mars, l’armée allemande entre à Prague dans un Tchécoslovaquie disloquée et abandonnée, sans que français et britanniques ne protestent. Hitler a les mains libres, il sait qu’il dispose de l’initiative stratégique et que les Alliés ne feront que subir. Il ne lui reste qu’un seul obstacle, l’URSS, avec laquelle il conclut un pacte de non-agression et de partage secret de la Pologne le 23 août.

A Dantzig, la majorité allemande est à l’œuvre depuis 1933 et réclame depuis lors son rattachement à l’Allemagne et un corridor d’accès au territoire allemand à travers la Poméranie polonaise. Logiquement, pour protéger sa jeune et fragile souveraineté face aux appétits allemands, la Pologne refuse catégoriquement à plusieurs reprises et Hitler fait adroitement monter la tension, toujours sous les yeux effrayés des Alliés, prétextant des souhaits de la population de Dantzig, de mauvais traitements par la population polonaise ou de tentatives de blocus par la Pologne.

Mais cette fois, les Alliés ont fini par comprendre qu’Hitler ne s’arrêtera pas. La liste des revendications se fait trop longue et cette dernière revendication sur la Pologne est le dernier affront possible au Traité de Versailles. Dantzig, en fin de compte, n’est qu’un prétexte. Ce que veut Hitler, ce n’est pas un corridor. Il veut la guerre !

Le 28 août 1939 en France, les réservistes en disponibilité sont rappelés. Le Maréchal des Logis Garzaro fait son paquetage, endosse son uniforme et se dirige vers son centre de mobilisation, le Centre Mobilisateur de Cavalerie n°18 à Saintes. Il apprend alors que son régiment, comme d’autres régiments de cavalerie, a été dissous pour former le nouveau type d’unité auquel il est affecté, le 71ème Groupement de Reconnaissance de Division d’Infanterie.En-Perm.jpg

Le 31 août 1939, les tensions éclatent lors de l’incident de Gleiwitz. Un groupe de détenus allemands déguisés en soldats polonais attaquent la station de radio de Gleiwitz à la frontière allemande et lancent un message appelant à l’insurrection et au renversement d’Adolf Hitler. Des combats fictifs s’ensuivent et en conséquence de cet incident, Hitler ordonne à la Wehrmacht d’envahir la Pologne. Le 3 septembre, après avoir officiellement protesté et enfin fidèles à leurs engagements, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne.

Le 7 septembre, Elie Garzaro, avec toute son unité et la 1ère Division d’Infanterie Coloniale dont il dépend désormais, prend le train pour la frontière du nord et le camp retranché de Maubeuge ou la 1ère DIC est mise à la disposition du Général Blanchard, commandant la 1ère Armée française.

La Seconde Guerre mondiale est en marche.

par Tim
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Mardi 17 juillet 2007

Comme je l’ai dit précédemment, le déroulement de cette journée du 20 Juin 1940 me pose certains problèmes de reconstitution, qu’explique en partie le contexte particulièrement confus des derniers jours de la Bataille de France.

Cette journée est pourtant le point essentiel de l’histoire militaire de Bon Papa, c’est la charnière entre le soldat et le prisonnier. De façon plus générale, c’est le point de départ de l’une des pires et des plus longues expériences malheureuses de sa vie. Une expérience qui, à n’en pas douter, marquera sa vie, son caractère et ses cauchemars…

De façon à crever l’abcès et pour rejeter égoïstement ma frustration sur mes lecteurs, je commence cette histoire par ce que je connais le moins, le 20 Juin 1940. Si l’on ne connaît pas tous les détails, beaucoup d’éléments de contexte peuvent permettre quelques hypothèses, qui sont devenues pour moi des hypothèses de travail que j’essaie de confirmer ou d’infirmer.

Voici ce qu’il est possible de dire, aujourd’hui, en l’état actuel des choses sur la journée ou Bon Papa est devenu prisonnier de guerre de l’Allemagne nazie.

 

            Lever d’un soleil chaud et radieux sur ce 20 Juin 1940. La nuit a été courte pour tous les soldats français, ou qu’ils soient. Depuis maintenant 11 jours d’affilée, les troupes françaises subissent les manœuvres allemandes, sans pouvoir réagir. Après avoir percé sur la Somme et sur l’Aisne le 9 juin, les divisions allemandes poursuivent sans relâche les unités françaises. Certaines se rendent sans même combattre, comme celle de Monsieur Fournier (père de Jean-Michel Fournier) à qui leurs cadres annoncent froidement qu’ils sont prisonniers, alors que les allemands ne sont même pas dans les environs. D’autres combattent et subissent de très lourdes pertes, que ce soit par la puissance de feu des chars allemands ou l’omniprésence des avions, les Messerschmitt et surtout les infâmes Stuka, bombardiers en piqué qui tombent du ciel dans un horrible sifflement de sirène stridente.Stukas-2.jpg

            Les allemands se sont enfoncés déjà loin au sud, aux portes de Lyon à l’est et aux contreforts d’Angoulême à l’ouest. La situation politique, quant à elle, est toujours aussi confuse. Le président du conseil, Paul Reynaud, a démissionné dans la soirée du 17 Juin et le Président de la République, Albert Lebrun, a demandé au Maréchal Pétain de former un gouvernement. Pétain a immédiatement accepté et a prononcé son fameux discours dans lequel il annonce « le cœur lourd, qu’il faut cesser le combat ». Le nouveau ministre de la Guerre et commandant en chef des armées, le Général d’Armée Maxime Weygand, parle depuis déjà deux semaines de la nécessité d’un armistice pour mettre fin aux combats et, selon lui, épargner à la France une destruction comme celle de la Pologne en septembre 1939.

            Dès sa prise de fonction, Pétain a envoyé des émissaires auprès de l’armée allemande pour s’enquérir des conditions d’un armistice, c'est-à-dire d’un accord bilatéral négocié qui suspend momentanément les hostilités, sans pour autant mettre fin à l’état de guerre. Dans la situation de la France à cette date, un armistice serait une catastrophe. Les allemands n’ont pas de nécessité militaire à accepter un armistice. Ils maîtrisent les opérations, sont maîtres du terrain, et balayent assez facilement le peu d’opposition construite qu’ils rencontrent. Ils peuvent facilement écraser définitivement la France, capturer l’ensemble de l’armée et ses moyens, capturer le gouvernement et imposer une domination allemande à la France.

            Cela dit, il y a un intérêt stratégique capital à l’armistice pour les allemands. L’armée française étant en déroute, ils peuvent ménager leurs forces sans risques, se retourner plus rapidement vers l’Angleterre et surtout imposer une collaboration active à la France. En effet, une victoire militaire totale, écrasant jusqu’aux rouages de l’Etat, imposerait à l’Allemagne de créer une complète administration d’occupation de la France et d’y consacrer un grand nombre d’hommes pour la police et les fonctionnaires d’occupation. Il est beaucoup plus avantageux d’imposer une collaboration de l’administration française. En proposant un armistice plutôt qu’une capitulation unilatérale, Pétain la lui offre sur un plateau.

            Mais entre temps, les opérations militaires se poursuivent et pour les soldats français, chaque minute qui passe est un risque mortel. Dans l’actuelle Meurthe et Moselle, à Haroué, ou Elie se trouve ce 20 Juin 1940, les choses ne sont pas différentes. Les troupes allemandes harcèlent sans succès les casemates de la ligne Maginot et tentent de la prendre à revers en remontant par la Moselle

Haroue-002.jpgLes circonstances dans lesquelles le Maréchal des Logis Garzaro est arrivé à Haroué sont en soi un premier mystère. Son escadron ayant été vraisemblablement capturé le 9 juin à une centaine de kilomètres de là et l’unité de son groupement la plus proche ayant été capturé la veille à Mandres-sur-Vair, à 60 km de là, sa présence à Haroué peut répondre à plusieurs scénarios possibles et qui sont toutes plausibles.

-Il est possible qu’il ait été capturé le 9 Juin avec son escadron mais qu’il ait réussi à s’évader très rapidement. Il aura alors erré, seul ou avec quelques compagnons d’évasion, jusqu’à être récupéré par une unité française reconstituée, comme beaucoup ont existé dans ces quelques jours. Il aurait ensuite été encerclé à Haroué avec cette unité.

-Il est possible qu’il soit parti en mission avant la capture de son escadron. Le ravitaillement se faisant aussi rare que les contacts avec la hiérarchie, il est possible qu’une petite escouade dont il faisait partie se soit détachée de l’escadron pour chercher de la nourriture, des munitions ou établir le contact avec d’autres unités. Au retour de mission, comme dans le film comique « la 7ème compagnie », l’escouade d’Elie ne pourra que constater la capture de l’escadron et sera livrée à elle-même. Elle se sera jointe plus tard à une autre unité, elle-même capturée à Haroué le 20 Juin.

-Il est possible qu’Elie ait fait partie d’un détachement envoyé auprès d’une unité tierce, sans que ceci n’ait pu être officiellement consigné dans les journaux de marche. Les unités de reconnaissance étaient très sollicitées, surtout en l’absence totale d’information et de commandement supérieur et il est vraisemblable qu’Elie, avec plusieurs camarades aient été affectés provisoirement à la tâche de reconnaissance d’une unité d’infanterie qui aura été capturée à Haroué.

-Il faut aussi évoquer la possibilité d’une désertion, même si cette dernière hypothèse est très peu probable. On ne peut pas totalement exclure la possibilité qu’Elie ait individuellement ou collectivement décidé, au vu de la mauvaise tournure des évènements, de quitter son unité et la zone de front pour échapper à une mort inutile ou une capture certaine.

On pourrait être tentés, concernant cette dernière hypothèse, de porter des jugements assez rudes et sans appels. Il faut préciser que, si cette hypothèse se vérifiait, tout jugement à l’emporte-pièce serait aussi déplacé que stupide. Seuls ceux qui n’ont jamais connu le danger du combat n’ont pas été tentés par la désertion. Nul ne peut savoir comment il réagirait dans ces conditions. De plus, dans les conditions très particulières des derniers jours de la bataille de France, la désertion pouvait aussi être commandée par l’envie de continuer le combat. Le Général de Gaulle et l’ensemble des Français Libres l’ayant rejoint en Angleterre sont des déserteurs, au regard du code de justice militaire. Il est tout aussi probable qu’Elie ait voulu fuir l’esprit d’abandon qui animait une bonne partie de l’armée française. Son comportement par la suite plaide en faveur de cette hypothèse.

En tout état de cause, le Maréchal des Logis Garzaro est à Haroué ou ses environs et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas à l’abri des combats. La veille, une ligne de défense établie autour des deux communes Tantonville et Haroué par le premier bataillon du 167ème Régiment d’Infanterie de Forteresse , à cédé sous les assauts de la 212ème Division d’Infanterie allemande. Le 1/167ème RIF tient l’aile gauche de la maigre ligne tenue par le 6ème Corps d’Armée du Général Lucien Loizeau. Mais ce corps d’armée ne ressemble absolument pas à un corps d’armée théorique. Ses forces sont composées principalement par des éléments disparates, des soldats égarés comme peut-être le Maréchal des Logis Garzaro. L’armement fait défaut, les vivres sont épuisés, le ravitaillement n’arrive pas et les communications sont inexistantes. Ses unités d’origine sont dispersées et comme dans le cas du 1/167ème RIF, il n’en reste souvent qu’un bataillon.

Equipage-Char-allemand.jpgLe 20 Juin au matin, la situation du 6ème Corps d’Armée est critique. Au nord, trois divisions d’infanterie allemandes le menacent, tandis qu’au sud, une division des tant redoutés Panzer remonte vers la ville de Charmes, au sud-est de Haroué. L’étau se resserre inexorablement sur les troupes françaises exsangues. Pour compliquer le tout, des milliers de réfugiés obstruent les routes, les villages, les champs et même les forêts. Chassés par l’avance des troupes allemandes, ces réfugiés traînent souvent avec eux tout ce qu’ils ont pu emporter de leur demeure, dans leurs voitures à bout d’essence, dans des charrettes, des brouettes et même parfois dans des poussettes. Il y a là autant de vieillards que d’enfants effrayés et de mères de famille débordées qui s’accrochent aux troupes françaises qui sont le dernier symbole vivant de l’Etat sensé les protéger. Mais pour les soldats, ce sont autant d’entraves aux opérations. Ainsi les artilleurs du 24ème Régiment d’Artillerie qui sont sensés faire parler les canons pour appuyer la 26ème Division d’Infanterie au nord de Charmes hésitent à ouvrir le feu sans avoir de renseignements sur la position des civils.

Le problème, c’est qu’ils ne savent même pas ou est l’ennemi ! D’abord pointés au nord, les pièces sont rapidement redirigées vers le sud, avant d’être pointées à l’ouest, sans jamais tirer un obus ! Les renseignements sur les positions et les mouvements ennemis sont très confus. Quand ils arrivent ! L’aviation d’observation ne se risque quasiment plus à décoller, avec de vieux Mureaux 115 poussifs qui se font étriller par les avions, les Groupes de Reconnaissance de l’Armée de l’air avec les Potez 6311 sont repliés dans le sud, s’ils ne se sont pas déjà envolés pour l’Afrique du Nord. Quant aux cavaliers, notamment le Groupe de Reconnaissance de Corps d’Armée n°8 au sud de Charmes, ils tiennent des lignes de défense ou des postes de combat fixes.

Sans munitions, sans vivres, aveugles et épuisés, les soldats français sont néanmoins prêts à se battre. Des canons anti-chars sont disposés à certains carrefours, des positions de fusils-mitrailleurs sont établies, les soldats tentent de former des lignes.

A quel moment Elie a-t-il été fait prisonnier ? A-t-il combattu avec le bataillon du 167ème RIF autour de Haroué, jusqu’à ce que celui-ci ne soit submergé ? A-t-il été capturé au cours d’une mission de reconnaissance autour de Haroué ? A t’il simplement été obligé de se rendre avec l’ensemble du 6ème Corps d’Armée quand celui-ci a déposé les armes ? Nouveau mystère.

Dans la soirée du 20 Juin 1940, le Général Loizeau déposera les armes, avec toutes ses troupes, à bout de munitions et de vivres, totalement encerclé et menacé d’anéantissement par les Panzers. A Haroué, le Maréchal des Logis Elie Garzaro est parmi les prisonniers.

Les premiers moments sont rudes pour les soldats. Le sentiment d’échec est immense, la détresse encore plus. Personne ne sait vraiment ce qui se passe ailleurs et les rumeurs d’exactions et de massacres sont nombreuses. La peur est là, à n’en pas douter. Mais généralement en pareil cas, les allemands se montrent rassurants. Devant ces combattants qui n’ont déposé les armes qu’à l’extrême limite, il est fort probable que les allemands aient montré du respect et les aient traité avec honneur. Au plus fort des combats, des liens étranges de respect et d’admiration peuvent se nouer entre les adversaires. Lorsque vient la reddition, c’est une sorte de paix des braves qui s’instaure pendant quelque temps. Les allemands ont sans doute partagé leurs rations, leurs officiers ont salué les officiers français, les blessés ont été pris en charge par les ambulances allemandes.

Très vraisemblablement aussi, les allemands ont informé les soldats français des pourparlers d’armistice et, sans doute en toute bonne fois, leur ont probablement dit qu’ils seraient rapidement libérés. La désarroi de la capture et la détresse de la défaite annoncée font rapidement place au soulagement d’être en vie et de bientôt rentrer chez soi.

Rapidement, les prisonniers sont rassemblés sur des terrains de sport, dans des églises ou des chateaux et pris en charge par la Feldgendarmerie, la police militaire allemande qui va les éparpiller dans plusieurs centres de détention.

Plusieurs civils, à Haroué, ont témoigné des longues colonnes de prisonniers français sortant de la ville à pied en direction de Nancy. Pour les soldats, déjà épuisés par l’effort et la sous-alimentation, commence alors une marche d’une quarantaine de kilomètres vers la Caserne Blandan, sur la route de Toul à Nancy.

Deux jours plus tard seulement, l’armistice était signé dans la clairière de Rethondes, là ou le Général Foch avait reçu les émissaires allemands, le 11 novembre 1918. Deux jours de plus, et Elie aurait été libre…Prisonniers.jpg

Que pense Elie durant cette longue marche ? On ne peut que le supposer puisqu’il n’écrivait plus à son épouse depuis le 9 Juin et qu’il ne recommencera qu’un mois plus tard. Mais les témoignages de nombreux prisonniers de guerre et le ton de ses lettres précédentes, dont celle du 10 mai, date du début des combats peut nous donner des indices sérieux.

Sans doute s’inquiétait-il pour sa famille, pour sa femme, là-bas à Bordeaux, si loin et si loin de tout ça. La maison devait lui sembler tellement loin, presque irréelle, comme dans un rêve. Son quotidien depuis le 10 Mai n’avait été que la loi de la guerre et avoir du temps pour repenser à sa vie d’avant lui procurait sans doute un curieux mélange de paix et de tristesse. Se raccrochant à l’espoir, il se répétait comme tous ses camarades, qu’ils seraient vite libérés, que ce serait bientôt fini.

Mais il devait aussi prier, remercier Dieu et se remémorer des versets, comme ceux qu’il écrivait à sa femme dans ses lettres, « Il en tombera mille à ta droite, mille à ta gauche mais toi, tu seras épargné »

par Tim
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Mercredi 11 juillet 2007

C'était une magnifique fin de printemps que ces mois de mai et juin 1940. Après les rigueurs d'un hiver exceptionnellement froid, les fleurs reprenaient leurs forces sous une douce chaleur qui annonçait un été splendide. Malgré les tensions internationales et l'état de guerre, la France coulait des jours heureux, certaine de sa puissance et de son armée, "la meilleure armée du monde" selon ses chefs et bien des observateurs étrangers.

La Guerre... Le cauchemar de 1914-1918 était encore tout chaud dans les mémoires et dans le récit des pères, oncles amis et cousins dont beaucoup étaient des "gueules cassées". Les anciens "pauvres couillons du front" véhiculaient, ainsi que les trop nombreuses familles de disparus, la haine mêlée de terreur des tranchées, des gaz, des sanglantes attaques à la baïonnette sous le feu de l'artillerie lourde et des longues années de froid, de boue et de mort de la 1 ère Guerre Mondiale.

Les Français avaient compris. La guerre avait dévoilé son vrai visage aux "meilleurs fantassins du monde", auréolés de la gloire napoléonienne et enivrés de vengeance contre le Prussien, le Boche. La guerre s'était montrée dans son plus simple et plus cruel attirail. Couverts de boue et de sang, les uniformes n'avaient plus rien de prestigieux et les fleurs des fusils s'étaient fanées depuis longtemps. Les assauts jadis héroïques n'étaient plus que des massacres en masse sans aucun intérêt stratégique ou même tactique. Des milliers d'hommes étaient tués ou gravement blessés pour récupérer les poussières d'une ancienne place forte ou pour avancer de huit cent mètres, avant de revenir sur les positions de départ. La gloire, comme l'héroïsme, est curieusement absente du langage militaire de l'époque. Plus de gloire, de héros ou de valeur militaire: tout est dilué dans un mélange nauséabond de boue, de sang, de putréfaction, de larmes et de mort. Ce n'est pas la stratégie ou le matériel qui feront la différence, c'est à l'armée qui mourra le moins vite!

Les Français, sans véritablement la gagner, ont réussi à ne pas perdre la guerre et, malgré l'arrogance politicienne du Traité de Versailles et le défilé de victoire sur les Champs Elysées, tous les poilus se le jurent: Ce sera la dernière guerre, la Der des Der!On ne veut plus faire la guerre, en France. On veut vivre et jouir paisiblement de ceux que l'on aime plutôt que de mourir à Verdun ou sur la Côte 304.

L'Entre Deux Guerres n'est pas pour autant une période sans histoire, paisible et pleine d'espoir. La France est sévèrement meurtrie. Son économie, principalement axée sur l'effort de guerre, souffre du désastre. Le Nord-est de la France est ravagé et incultivable. 1,5 million d'hommes et de jeunes hommes entre 18 et 55 ans sont morts et le double est blessé, gazé, mutilé ou choqué. L'euphorie de la victoire est de courte durée tant les dégâts sont importants et le travail de reconstruction immense. L'économie, à l'échelle mondiale, est vacillante et le choc boursier de 1929 plonge encore plus le monde dans un climat d'insécurité et de manque de confiance en l'avenir, climat qui favorise l'arrivée au pouvoir de dirigeants d'extrème-droite, ultranationalistes et démagogues qui emportent une très large adhésion des peuples, frileux et effrayés par un monde instable. Avant 1929, l'Italie se donne un gouvernement fasciste (1922) avec un programme de fierté et de gloire italienne et de renouveau national au niveau économique, culturel et même architectural. Ce mouvement "fasciste" gagne également l'Allemagne et l'Espagne, toujours teinté d'un militarisme exacerbé et belliqueux.

Les évènements sérieux commencent en 1932 lorsque le Japon s'en prend à la Chine en envahissant et en annexant la Mandchourie. C'est le début des gesticulations expansionnistes d'Empires en mal de puissance et de conquêtes. L'Allemagne en Europe et l'Italie en Afrique se lancent dans des conquêtes, pacifiques ou militaires, sous l'oeil de plus en plus inquiet de la communauté internationale. Mais les puissances directement concernées, la France et la Grande-Bretagne, en proie aux difficultés intérieures, ne bougent pas. Leurs gouvernements instables et timorés subissent la loi totalitaire germano-italienne. L'Abyssinie est conquise sous les yeux de l'Egypte Britannique et de l'Afrique Equatoriale Française, tandis que l'Allemagne, brisant le Traité de Versailles, s'en prend successivement à la Sarre, à la Rhénanie, à l'Autriche, à la Tchécoslovaquie et à la Pologne. Ce n'est que l'agression de cette dernière qui pousse les Alliés hors de leur léthargie politique. Le 28 août 1939, les réservistes sont mobilisés et le 3 septembre, après la déclaration de guerre, l'ensemble des contingents sont égaIement mobilisés.

Parmi les réservistes du 28 août, un jeune homme de 24 ans, récemment fiancé, Elie Garzaro.MDL-Garzao-1.jpg Maréchal des Logis (Sergent) du 8ème Régiment de Chasseurs à Cheval, il est affecté au 71ème Groupement de Reconnaissance de Division d'Infanterie (71ème GRDI) sous les ordres du Chef d'Escadron (Commandant) Massacrier. Il quitte sa Gironde natale, ses études de droit, ses parents et sa fiancée pour rejoindre les troupes massées dans les contreforts de la Lorraine en arrière de la Ligne Maginot. Il reviendra en permission, pour épouser son amour, puis pendant l'hiver, mais au printemps 1940, ce beau printemps à la douce chaleur et aux fleurs resplendissantes, il est fait prisonnier sous le déluge de fer et de feu de la BIitzkrieg allemande. Il disparaît alors pendant cinq longues années dans les Stalags allemands, victime d'une guerre perdue d'avance dans laquelle la France perd, en même temps que sa position dominante, son honneur de pays de Liberté. Elle s'enfoncera dans l'hypocrisie, la honte et la collaboration et le déchirement entre ses enfants sera aussi terrible que sanglant.

Que serait devenue la France si elle avait trouvé le courage et la force de vaincre les hordes d'Hitler? Que serait devenu le monde si elle avait victorieusement résisté à l'Allemagne nazie?

Les réponses ne sont que des spéculations qui emplissent les esprits de ce million et demi de jeunes français qui marchent en longues colonnes de prisonniers vers l'Allemagne.

Abattu par la défaite et ses conséquences, harassé et assoiffé par la route, le front trempé de sueur avec son képi sous le bras, le Maréchal des Logis Garzaro pense à tout ce qu'il laisse derrière lui et à tout ce qui l'attend. Il ne lui reste que l'espérance et la Foi et c'est grâce à elles qu'il tiendra. Cinq ans de privations, d'inconfort, de mauvais traitements et d'espoirs déçus à mille kilomètres de chez lui. Pourtant sa Foi est ferme et son espérance tenace. Dans un monde devenu fou, un jeune soldat chrétien français survivait, espérait et croyait. Un exemple à méditer.

Ce site est consacré à sa courte histoire de 1939 à 1945, qu’il n’a pas beaucoup raconté et que personne ne connaîtra vraiment...

par Tim
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